En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies relatifs aux réseaux sociaux et à la mesure d'audience.

Publications des doctorants

Retour à la liste des thèses en cours

Guilain Chaussard

Résumé de thèse

Le cinéma de Terrence Malick : la perte, l’exil et la lumière

Cette thèse a pour sujet le cinéma de Terrence Malick dans son rapport à la tradition américaine et, en particulier, à la pensée de Stanley Cavell. Le passé universitaire du cinéaste est bien connu : on sait qu’il a étudié la philosophie à Harvard, où Stanley Cavell dirigea son mémoire de master au milieu des années soixante, avant d’enseigner la philosophie continentale au Massachussetts Institute of Technology (MIT) et de traduire Vom Wesen des Grundes de Heidegger. Si ces éléments biographiques peuvent sembler légitimer l’approche, c’est surtout le ton particulier de ces films qui la justifie. Terrence Malick, tout comme Stanley Cavell, a fait de l’Amérique le sujet de son œuvre, et en articule la problématique à la question du scepticisme et de ce qui apparaît tout à la fois comme cela même qu’il menace et comme le lieu de sa résolution, l’ordinaire. Un tel ton confirme et revendique ce que le philosophe américain a décrit comme la portée morale du cinéma, la capacité particulière qu’ont les films de nous donner à voir le monde et, tout comme les plus grandes œuvres de la philosophie, du théâtre ou de la littérature, de nous amener à réfléchir sur nos vies.

Selon cet angle, cette thèse s'axe plus spécifiquement sur la partie contemporaine, expérimentale, peu étudiée et pourtant profondément originale de l’œuvre du cinéaste. Le Nouveau Monde clôt une première tétralogie du passé, laquelle s'attache à déconstruire les deux grands mythes américains du « jardin » (l'idéal pastoral issu de Hésiode, de Virgile et de Milton, et le paradis indigène selon une tradition qui puise à Melville et à Cooper). Cette partie de l’œuvre raconte que, parce qu'elle fut fantasmée et évitée en tant que réalité, l'Amérique a jusqu'ici demeuré au loin, en sa « perte » (Marc Chénetier) et que, en somme, elle est restée « inapprochable » (Emerson). The Tree of Life ouvre à son tour un nouveau cycle de quatre films, ancrés dans la modernité et dont les héros, désormais situés par-delà les mythes, ont à trouver leur chemin de l'ombre à la lumière. Traversant l'ensemble de l’œuvre, s'attachant à montrer la persistance de ses thématiques les plus anciennes, cette thèse se structure autour de trois films : partant du Nouveau Monde, où Smith échoue finalement en une région froide et désertique pour avoir poursuivi les chimères de l’idéal, elle se prolonge avec Knight of Cups, première fiction explicitement urbaine où s’aborde la problématique de l’âme en voyage au sein de la modernité, pour se clore avec Song to Song, dernière fiction du cycle contemporain, où s’effectue la reprise d’un « je » féminin et ayant à tendre vers l’amour. Ainsi, selon une trajectoire typiquement américaine, Le Nouveau Monde, ce sera « la perte », Knight of Cups, « l’exil » et Song to Song, « la lumière ».