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Azélie Fayolle

Résumé de thèse

Ernest Renan : savoirs de la nature et pensée historique

Quand Ernest Renan descend, le 6 octobre 1845, les marches du séminaire de Saint- Sulpice pour « ne plus jamais les remonter en soutane »1, il est encore loin d’être une figure inquiétante  pour  l’Église.  Sa  formation  scientifique,  sous  l’égide  de  l’abbé  Pinault,  est pourtant déjà bien entamée : il pourra affirmer, dans ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, que, sans l’hébreu et la théologie, « la physiologie et les sciences naturelles [l’] auraient entraîné » et qu’il serait « arrivé à plusieurs des résultats de Darwin » 2.

Si les sciences naturelles n’ont pas pour Renan, la plus grande part, elles restent, tout au long de son travail d’historien et de philosophe, un arrière-plan méthodologique constant. Partant de ce principe, la thèse vise à reconstituer la formation et les théories naturalistes convoquées par Renan : il s’agit ainsi, dans une première partie, de reconstituer l’élaboration du modèle de pensée que sont les sciences naturelles, modèle qui remplace progressivement dans ses notes de travail celui des sciences physiques, par une série de nuances et d’esquisses méthodologiques. La première partie élabore en outre la pensée que Renan a développée pour penser la science (« La science idéale »), ainsi que son programme d’application (« La science positive »), en s’appuyant sur L’Avenir de la science comme sur de nombreux textes et articles, souvent de circonstance. Se dégagent ainsi tant une philosophie qu’un programme de la science et des sciences, dans lesquels les sciences de la nature se trouvent mises dans un dialogue interdisciplinaire constant avec les autres disciplines, comme avec l’idée de Science.
La deuxième partie déploie ensuite les méthodes historiques et philologiques de Renan en les replaçant dans leur contexte naturaliste. Ainsi, de l’embryogénie à la philologie comparée, inspirée de l’anatomie comparée, les sciences naturelles constituent pour Renan un réservoir d’outils méthodologiques. Cette analyse des méthodes de l’historien débouche sur une analyse des métaphores employées par Renan : l’embryon, mais aussi le germe ou la propagation, construisent patiemment une histoire des religions remotivée par les avancées scientifiques du XIXe siècle, comme la découverte des virus.

La troisième partie ressaisit « l’idée de nature » sous-jacente dans les texte de Renan, pour interroger la « fabrique de l’histoire » et le statut du document pour l’historien. Renan est le premier en France à séculariser l’étude des textes sacrés, dont la Bible. Ce projet sulfureux conduit Renan à élargir la notion de document alors habituellement admise en histoire : le texte sacré se fait donc document, mais la notion est élargie jusqu’à englober la nature et les paysages, permettant à Renan de renouveler la théorie des climats de Montesquieu. La production du document par l’historien n’est pas en reste : la question du statut du texte historique, conjectural et hypothétique, conduit l’historien à développer une épistémologie historienne et scientifique qui interroge le statut de la fiction, placée entre les certitudes, les probabilités et les rêves.


1 Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, Paris, [1883], Œuvres complètes, Calmann-Lévy, 1883, éd
Henriette Psichiari, vol. II, p. 883.
2 Ibid., p. 851-852.