En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies relatifs aux réseaux sociaux et à la mesure d'audience.

Publications des doctorants

Retour à la liste des thèses en cours

Antoine Guégan

Résumé de thèse

De Uncle Tom’s Cabin à 12 Years a Slave Les représentations de l’esclavage dans le cinéma américain (1903-2013) Ce sujet se veut d’abord et avant tout la poursuite et l’élargissement de mes recherches entreprises dans le champ de l’histoire culturelle sur les représentations de l’esclavage dans le cinéma américain entre 1957 et 1975 et leurs liens avec la société américaine.

Ce travail, élaboré en master m’a en effet permis d’entrevoir l’extrême intérêt qu’il y aurait à le mener à son terme, ne serait-ce que pour apporter un regard nouveau, et forcément contrasté, sur certaines zones d’ombre de la réalité des Etats-Unis. Néanmoins pour mieux percevoir les rapports entre la société nordaméricaine et les représentations de l’esclavage par le cinéma hollywoodien, il sera souhaitable d’élargir la chronologie de mon sujet : de la première adaptation de la Case de l’Oncle Tom de Edwin S. Porter en 1903 à 12 Years a Slave de Steve McQueen en 2013. Le corpus filmique, composé de films américains dépeignant le système servile qui sévissait dans le Sud, ne s’arrêtera pas alors au grand écran. Sa petite soeur, la télévision, a su, au même moment et par l’intermédiaire des chaines publiques et privées, diffuser des programmes nettement plus engagés. Envisager mon sujet sous un axe culturel permettra de répondre de la meilleure des façons à la problématique posée. En effet, il faudra comprendre pourquoi Hollywood s’est toujours montré frileux à l’idée de produire des oeuvres critiques sur l’esclavage alors que la littérature abolitionniste est très riche et si cela est lié à la place qu’occupe ce long épisode de l’histoire au sein de la société américaine. Cela est d’autant plus étonnant que le cinéma américain, comme on le sait, n’a jamais hésité à traiter de la politique de son pays, aussi bien dans sa stratégie globale que dans sa pratique quotidienne.

Les guerres, les luttes sociales, les crises de civilisation ont très souvent fait l’objet de fictions aux fortes résonnances. Alors comment expliquer une telle absence ? Serait-elle due à un héritage difficile à accepter ? La question se pose. Croiser l’étude de l’évolution de la place de l’esclavage au sein de la société américaine avec celle de ses représentations par Hollywood fera ressortir la relation qui les unit.
Cette entreprise nécessite une remise en contexte qui soulignera les conditions de production et de réception des longs-métrages et facilitera la compréhension de ces oeuvres à l’époque de leur création. Ce travail dévoilera, le plus fidèlement possible, la réticence des studios, au fil des décennies, à financer des projets qui témoigneraient d’une nouvelle facette de ce sombre épisode du passé américain. Encore aujourd’hui, le long-métrage 12 Years a Slave passe sous silence la résistance des Noirs. Adapté du récit de l’ancien esclave, Solomon Northup, ce film aurait dû être une chance unique de montrer cette facette de la servitude. Enfin, je porterai ma réflexion sur les raisons de ce manque d’engagement et la connaissance encore insuffisante de cet épisode de l’histoire par la population américaine. Afin de traiter l’essentiel de ces questions, je sais pouvoir disposer d’un ensemble, très large, très riche, de sources différentes. Il va de soi que les films constitueront la base du corpus documentaire. Conservées par des bibliothèques universitaires californiennes, University of Southern California, University of California in Los Angeles, Louis B. Mayer Library de l’American Film Institute et la Margaret Herrick Library, les archives des studios hollywoodiens représentent aussi une précieuse mine d’informations. Les lettres d’engagements, les contrats et les budgets prévisionnels donnent une idée des buts affichés et laissent, parfois, apparaître le nom d’intercesseurs discrets qui n’apparaissent pas au générique. Les story-boards et les synopsis successifs, ainsi que les correspondances entre les producteurs et les scénaristes ou les réalisateurs, témoignent des conflits qui les opposaient. Enfin, cette précieuse documentation contient les dossiers de la censure officielle, seuls éléments permettant de suivre les positions évolutives sur la représentation de l’esclavage.