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Publications des doctorants

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Églantine Zatout

Résumé de thèse

Classe, race, genre, et sexualité : sociologie contemporaine du préjugé sur les couples mixtes aux Etats-Unis

Mon projet de thèse est le fruit d’une réflexion entamée en master 2. Ce mémoire entendait faire un état des lieux de la recherche, notamment en sociologie, sur les couples interraciaux blanc-noir aux Etats-Unis entre 1941 et 2009. Ce travail a révélé que l’étiquette « couple  mixte »  recouvre,  dans  l’acception  américaine,  une  réalité  unidimensionnelle : couples blanc-noir hétérosexuels appartenant peu ou prou à la classe moyenne ou moyenne supérieure. Ce biais méthodologique est discutable pour au moins deux raisons.

D’une part de nombreux travaux en sociologie ont montré que le capital culturel façonne tous les aspects de la vie, de la façon d’éduquer ses enfants à la gestion de l’argent, ou encore la façon d’envisager la carrière professionnelle (voir les travaux de Anette Lareau, Michèle Lamont ou Jessi Streib par exemple). En conséquence, je fais l’hypothèse que les relations avec autrui, l’Autre racial notamment, font parties du capital et sont modelées par la classe d’appartenance. En d’autres termes, je suppose que le racisme et l’homophobie doivent être exprimés différemment selon la classe mais aussi vécus de manière différente en fonction de  la  classe.  Ainsi,  la  prise  en  compte  du  paramètre  de  la  classe  sociale  dès  la problématisation est essentielle pour avoir une vision plus complète de l’origine des préjugés envers les couples interraciaux.

D’autre part, les couples hétérosexuels blanc-noir et les couples de même sexe font l’objet d’un rejet sociétal similaire. Les deux sont historiquement présentés comme émanant d’une déviance sexuelle, et étaient en conséquence considérés comme des maladies mentales. Dans les deux cas le rejet était justifié tout d’abord par des arguments religieux et institutionnellement sanctuarisé : les couples interraciaux n’ont pas le droit de se marier entre la fin du XVIIème  siècle et 1968 ; la sexualité homosexuelle est réprimée du début de la colonisation à 2003 (invalidation par la cour suprême des lois anti-sodomie dans Lawrence vs Texas) et le mariage pour les couples de même sexe est formellement interdit de 1996 à juin 2015.

Mon doctorat entend combler ces manques en comparant l’histoire de la répression dont ces couples ont fait l’objet et les formes de militance mises en place dans la seconde moitié du XXème. Dans un second temps, je vais rendre compte de la multiplicité des expériences des couples mixtes hétérosexuels et homosexuels. En effet, je cherche à identifier quel(s) facteur(s), de la classe, la race, le genre et/ou l’orientation, régit le préjugé envers les couples mixtes de manière significative. Pour ce faire, je vais observer, en adoptant une méthodologie qualitative, l’intégration de ces couples dans leur environnement social et familial. Il s’agit de savoir dans quelle mesure la classe d’appartenance d’un parent, sa race, et/ou son genre influent sur son attitude vis-à-vis de l’orientation sexuelle ou de la relation interraciale de son enfant. De l’autre côté du miroir, je voudrais savoir comment la classe sociale, la race, le genre et/ou l’orientation sexuelle ont un impact sur le ressenti du préjugé et les mécanismes compensatoires mis en place par les partenaires des couples pour y faire face.