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Dix ans de critique. Notes inédites de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel, 2005.

Série Gustave Flaubert 5

Dix ans de critique,

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Ce premier volume essaie de repérer, dans les dix années (environ) écoulées, des continuités et des ouvertures. Jacques Neefs rappelle l’intérêt de la génétique pour une étude de Flaubert. Son développement, l’intérêt porté au travail des écrivains par un public plus large ont modifié l’idée qu’on peut se faire aujourd’hui d’une édition de texte ainsi que de la notion d’« œuvre » et d’« œuvres complètes » sur lesquelles réfléchit Claudine Gothot-Mersch. De nouvelles tendances se dessinent aussi, dans le domaine de l’anthropologie littéraire (abordée par Jeanne Bem) ou de la sociologie de l’art dont Bourdieu a voulu constituer le modèle à partir d’une analyse très controversée de L’Éducation sentimentale. Entre recherche et polémique, l’œuvre de Flaubert suscite toujours un grand intérêt, et se trouve encore au carrefour des débats : on le voit au moment de la publication du « Flaubert de Bourdieu » (rivalisant avec l’ombre de Sartre) en 1992 et sa traduction en anglais en 1996. Les réactions vives qui s’ensuivirent montrent que l’œuvre du romancier peut encore interpeller les penseurs et être à l’origine de propositions théoriques. Au nom de Flaubert le sociologue construit, dans Les Règles de l’art, une nouvelle science des œuvres qui s’affirme par un affrontement avec les tendances critiques antérieures (le structuralisme, la sémiologie, l’archéologie des savoirs et la génétique) qui ont toutes eu un rapport à l’œuvre de Flaubert – soit parce qu’elles y voyaient des exemples favorables à leurs analyses soient parce qu’elles retrouvaient chez le romancier une idée moderne de l’œuvre littéraire. « Dans l’œuvre de Flaubert, la force de la pensée attire la réflexion des philosophes », remarque d’ailleurs Pierre Campion dans son article sur les lectures philosophiques de Flaubert qui confronte deux problématiques différentes, celle de Pierre Macherey qui se demande à quoi et comment pense le texte flaubertien, comment la philosophie peut jouer un rôle d’opérateur formel, et celle de Jacques Rancière qui définit la paradoxale politique du texte flaubertien en régime démocratique. Il faut rappeler que Pierre Campion, lui-même philosophe, auteur d’une étude sur La littérature à la recherche de la vérité (1996) et d’un Essai sur les raisons de la littérature (2003), a pris part au débat ces dernières années et s’est attaché à expliquer les apories de l’écriture flaubertienne.

Précisons encore qu’il ne s’agit pas, dans ce bilan, de nous éloigner de Flaubert pour les plaisirs d’une critique de la critique ou d’une étude de la réception (une partie des travaux proposés sur l’édition des brouillons, des textes et des lettres ne pourraient d’ailleurs guère s’y rattacher). La réception nous intéresse ici pour ce qu’elle peut nous apprendre sur l’œuvre elle-même, sur les rapports qu’elle peut entretenir avec une époque qui n’est plus celle de sa production. Les travaux d’édition sont aussi marqués par la critique comme le montre les déplacements qui s’opèrent dans la conception de l’Œuvre par rapport à d’autres textes, et de nouveaux principes peuvent trouver de nouvelles accentuations, faire accéder au statut de texte des écrits jusque-là laissés dans la marge de l’œuvre, comme cette première Tentation à laquelle la Pléiade d’Albert Thibaudet n’avait pas accordé de place, ou encore le théâtre. La vie des œuvres ne s’arrête pas au moment de leur édition par l’auteur (ou de leur relégation dans ses tiroirs) et la production d’effets de sens liés à une certaine lecture, à leur addition aussi, à la multiplication des interprétations, devrait nous encourager à tenir ensemble dans l’approche de l’œuvre à la fois le texte lui-même et une extériorité (un temps et un horizon critique différents), ce qui pourrait nous conduire à envisager une génétique de l’après-texte. Quelle est la force du texte flaubertien, sa capacité à participer à une restructuration des débats critiques (et non plus du champ littéraire) ? sa capacité à se faire solliciter pour participation à débat ? La valeur de l’œuvre de Flaubert tient certes à une organisation propre, à des caractéristiques intrinsèques – qui relèvent de la spécificité de l’écriture flaubertienne – mais aussi  à son action au-delà : action dans l’histoire de la littérature (elle se mesure à ce que – érigé en prédécesseur par d’autres du naturalisme au Nouveau roman – il a fondé), action surtout, pour ce qui nous intéresse, dans l’histoire de la critique, dans le domaine de l’invention de nouveaux objets ou de nouveaux instruments d’étude.

La seconde partie du volume (« Etudes ») réunit des articles variés : Isabelle Daunais s’interroge sur le choix du genre romanesque par Flaubert, Éric Le Calvez donne un exemple de critique génétique, appliquée à l’un des épisodes les plus connus de Madame Bovary, Philippe Dufour et Hugues Larroche proposent deux articles sur l’une des œuvres de Flaubert encore les moins étudiées, Salammbô, et réfléchissent, l’un sur la dimension épique du roman et les procédés qui créent l’effet d’impersonnalité, l’autre sur la problématisation du sens.

Ce volume offre aussi un inédit important de Flaubert (jusqu’ici inaccessible) : plus d’une centaine de folios de notes sur l’Esthétique de Hegel. Constitué de deux parties (l’une rédigée en 1844, l’autre en 1872), il présente deux lectures de Hegel, à plusieurs années de distance, et à l’inverse d’autres dossiers documentaires la présence de Flaubert y est très forte : il réagit vivement aux idées de Hegel, faisant irruption entre les lignes de notes à la première personne. L’intérêt du dossier est double : il nous découvre le rôle de Hegel dans la formation de l’esthétique flaubertienne (même lorsqu’il réagit vivement contre sa pensée), et nous dévoile aussi tout ce que le romancier a pu emprunter au philosophe pour nourrir son œuvre romanesque de la première Éducation sentimentale jusqu’à Bouvard et Pécuchet (détails, sujets, principes de composition).   

Pour ce premier numéro nous avons fait appel à des collaborateurs d’origine diverse (Allemagne, Angleterre, Norvège, USA, Canada, Japon) afin de donner à la nouvelle Série une dimension internationale et de tenir compte des travaux flaubertiens qui se développent à l’étranger.

TABLE

Avant-propos

par Gisèle Séginger                                                                               

Dix ans de critique

Claudine Gothot-Mersch, « Une nouvelle édition des œuvres complètes »

Yvan Leclerc, « Où en sont les éditions de correspondances ? »                      

Jacques Neefs, « La lisibilité des brouillons »                                                      

Jeanne Bem, « Madame Bovary ou le roman comme anthropologie ».     

Marshall Olds, « Théâtre et théâtralité chez Flaubert »                

Gisèle Séginger, « Flaubert contre Flaubert : L’Éducation sentimentale et le système Bourdieu »                                                                                    

Pierre Campion, « Deux philosophes lecteurs de Flaubert :

 Pierre Macherey et Jacques Rancière »                                                    

Mary Orr, « La recherche anglophone sur Flaubert »                                          

Kayoko Kashiwagi, « La critique flaubertienne au Japon »           

Études

Isabelle Daunais, « Le roman face à l’"autre" monde »                                     

Éric le Calvez, « Madame Bovary : les brouillons de la scène du fiacre »        

Philippe Dufour, « Salammbô – Un tigre de marbre »                                      

Hugues Laroche, « Salammbô, l’imaginaire du signe »                                    

inédit                                                                                                                  

Les notes de Flaubert sur l’Esthétique de Hegel.                                                                   

Carnet critique                                                                                           

Philippe Dufour, Flaubert et le pignouf. Essai sur la représentation romanesque du langage (par J. FRølich) ; Flaubert ou la prose du silence (par J. Frølich) ; Le réalisme. De Balzac à Proust (par J. Frølich) ; Jean-Marie Privat, Charbovari (par G. Séginger) ; Isabelle Daunais, Flaubert et la scénographie romanesque (par J. ERNST), Éric Le Calvez, Flaubert topographe : L’Éducation sentimentale. Essai de poétique génétique (par J. ERNST) ; J. Borie, Archéologie de la modernité (par J. ERNST) ; Sylvie Triaire, Une esthétique de la déliaison - Flaubert (par J. ERNST) ; La Bibliothèque de Flaubert. Inventaires et critiques, dir. Yvan Leclerc (par É. REVERZY) ; Daniel Fauvel et Yvan Leclerc (éditeurs), Salammbô de Flaubert. Histoire et fiction (par É. REVERZY) ; Gustave Flaubert, Voyage en Égypte, édition de Pierre-Marc de Biasi (par W. EZZINE) ; Le Carnet de Voyage à Carthage, édition de Marie-Claire Delavoye (par W. EZZINE)