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Visibilité et invisibilité des savoirs des femmes: les créations, les savoirs et leur circulation XVIe-XXIe siècles


Porteuse du projet : Caroline Trotot, MCF LISAA EA4120, UPEM.

Durée du projet : 2017-2018

Malgré les obstacles qu’on leur a opposés, dès l’Antiquité, des femmes développent des savoirs spécifiques et universels. Les catalogues de femmes illustres louant la poétesse Sapho ou la mathématicienne Hypathie en faisaient état. Or tout se passe comme s’il fallait perpétuellement redécouvrir ces figures pour dévoiler le rôle qu’elles ont joué, comme si elles étaient effacées. Il semble qu’il faille ainsi rééditer le geste d’invention qui a été le leur pour qu’elles soient en quelque sorte doublement reconnues. Au-delà des nombreux travaux récents et en cours pour écrire une histoire paritaire, nous proposons d’interroger les mécanismes de visibilité et d’invisibilité qui régissent les savoirs des femmes pour que leur mise au jour ne soit pas vouée à une circularité infernale de découverte et d’oubli.

Le projet co-financé par l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée dans le cadre d'un super BQR accordé par la commission de recherche et par l’association AWARE réunit au départ des chercheurs et des chercheuses de littérature française, des arts, des hispanistes et des anglicistes ainsi que des informaticiens (EA LISAA 4120 UMR LIGM 8049). Il s’appuie sur des collaborations internationales avec des collègues des universités de Los Angeles (USC), de Bâle (Suisse), de Rimouski (Canada), de Vittoria (Brésil). Il associe des artistes et les étudiants de lUPEM de plusieurs formations, invités à participer à la diffusion des connaissances produites grâce à des productions multimédia.

Lien vers le site web Femmesavoir (https://femmesavoir.hypotheses.org/)
Lien vers le site de l’association AWARE (http://www.awarewomenartists.com/)

 


 

Ø

 

Jeudi 19 et vendredi 20 avril 2018 (copie 2)

Visibilité, invisibilité des femmes de lettres françaises ou francophones


Symposium USC Los Angeles, 19-20 avril 2018, organisé par Béatrice Mousli (University of Southern California) et Caroline Trotot (Université Paris-Est Marne-la-Vallée-LISAA EA 4120)

Programme
Affiche

Le projet Visiautrices « Visibilité des femmes de lettres dans l'enseignement du secondaire et du supérieur » (Réseau National des Maisons des Sciences de l’homme-CNRS) visiautrices.hypotheses.org, porté par Philippe Gambette, Maître de conférences en informatique à l’Université Paris-Est, met en évidence les nombreuses résistances des institutions scolaires, universitaires, académiques ou encore éditoriales à la diffusion et à la valorisation des textes écrits par les autrices en langue française. Il a fallu une pétition pour qu’une œuvre écrite par une femme figure parmi celles inscrites au programme des épreuves du baccalauréat en 2017-2018, succédant à quinze années de programmes constitués exclusivement d’œuvres écrites par des hommes. Nombre de personnes se sont aussi interrogées sur le palmarès exclusivement masculin des prix littéraires français décernés par des jurys professionnels à l’automne 2017. Quand on questionne de manière improvisée des diplômé.e.s de l’enseignement secondaire et supérieur, la plupart ne se souvient pas d’avoir étudié des textes d’autrices et se dit que les femmes n’ont pas écrit ou n’ont pas publié. Les écrivaines sont invisibles et de ce fait leurs créations sont niées, reléguées aux « silences de l’histoire » . De nombreux processus ont concouru et concourent à une invisibilisation : inégalité dans l’accès à la culture et à l’édition, place des hiérarchies sociales et des mécanismes de reproduction dans la construction de la valeur, comme  dans celle de l’auctorialité, ou encore sexisme linguistique par exemple . Les femmes paraissent insignifiantes du point de vue de la construction du savoir de l’histoire littéraire actuelle. Cette nouvelle exclusion des institutions de savoir françaises contemporaines, paraît réitérer l’exclusion historique des femmes hors des institutions occidentales qui ont dispensé les savoirs –universités, académies notamment- comme l’a récemment montré Éliane Viennot . Quel que soit le degré d’intentionnalité qui préside à cette disqualification des œuvres féminines, ce mécanisme assure de fait la domination masculine sur le champ littéraire. Pour mieux comprendre ces phénomènes, il est nécessaire de reconsidérer l’histoire littéraire au prisme du genre, en étudiant la part prise par les femmes dans l’élaboration d’œuvres et plus largement celle de textes qui ont eu de l’influence et proposent une approche singulière. Une histoire littéraire des femmes, de leurs créations et de la réception de leurs œuvres, reste à écrire. Elle met à l’épreuve la construction de nos savoirs disciplinaires, invitant à les renouveler grâce à des réflexions proposées par d’autres disciplines, ou grâce au déplacement dans le temps et dans l’espace qui permettent de mettre à distance les stéréotypes et les préjugés pour faire place à de l’insu.

Pour contribuer à cette histoire littéraire des femmes, on s’intéressera particulièrement à la manière dont les femmes qui écrivent réfléchissent à leur rapport avec la littérature en lien avec la question de la visibilité et de l’invisibilité. Comment la littérature représente-t-elle la visibilité et l’invisibilité des femmes dans la réalité, les contraintes qui s’exercent, les choix possibles ?  La dimension visuelle, vectrice de connaissance et de reconnaissance prend une dimension particulière dans le domaine de la création. Créer est d’une certaine manière produire des représentations qui sont autant de miroirs de l’identité de la créatrice ou du créateur qui se réalise, s’actualise dans ces productions. L’identité auctoriale se fabrique au carrefour des œuvres et de la vie telle qu’on la livre aux lecteurs comme aux lectrices, ou telle que le public s’en empare. Déclarations théoriques, mais aussi procédés d’écriture, personnages, motifs, choix des genres littéraires, peuvent offrir autant de représentations d’une conception de l’écriture, de la manière dont elle reflète la réalité et dont elle la subvertit, dont elle cultive les héritages savants et dont elle invente formes et savoirs nouveaux.
À travers la littérature, on questionne ainsi le rapport des femmes à la création et à l’invention qui produisent les textes. Le refus de donner une place paritaire aux œuvres des femmes en littérature doit être mis en perspective avec la minoration de la place des femmes dans l’histoire des inventions et des créations dont le Dictionnaire universel des créatrices  a fait justice. Il réitère l’ancienne interdiction faite aux femmes de se consacrer aux arts et aux savoirs. On sait qu’elle s’accompagne d’une réduction exclusive à la procréation physique. Or dans la conception médico-philosophique de la première modernité, la procréation s’effectue dans un corps de femme réduit à la passivité puisqu’il ne transmet rien, un corps dont l’imperfection se marque par le fait que les organes de la reproduction soient restés à l’intérieur alors qu’ils s’extériorisent chez l’homme . La procréation est un mystère dont la femme n’est qu’un réceptacle, de sorte que la création artistique féminine apparaît toujours comme une obscénité, une violence faite à cette représentation genrée de la première modernité de la reproduction. Le projet de cette journée d’études rencontre ainsi les problématiques travaillées à une autre échelle (pluralité d’aires géographiques et linguistiques, pluridisciplinarité) dans le projet « Visibilité, invisibilité des savoirs des femmes », porté par Caroline Trotot MCF à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée femmesavoir.hypotheses.org. Il permet de mieux comprendre les mécanismes de visibilité et d’invisibilité dans leurs dimensions concrètes et métaphoriques. Il met aussi en lumière les liens entre les savoirs et les créations. Enfin, il propose de concevoir comme complémentaires des approches plutôt sociologiques ou historiques et des approches esthétiques.
Si pour Pierre Bourdieu, le champ littéraire était un champ de forces représenté à partir des métaphores de la physique, il sera peut-être aussi après nos travaux un terrain agricole fertilisé par de nouveaux travaux.
Les communications d’une durée de 25 mn pourront ainsi porter sur :
-La réception des œuvres écrites par des femmes en langue française et leur place dans la transmission des savoirs.
-La représentation de la littérature, de la création, des savoirs dans les œuvres de femmes francophones.
-L’identité auctoriale des écrivaines de langue française. Comment la persona d’autrice est fabriquée par le texte, reconnue par la société ?
-La représentation de soi par les femmes de lettres

Lundi 14 mai 2018

La performance : Un espace de visibilité pour les femmes artistes ?



Journée d'étude organisée par Carole Halimi (MCF Histoire de l'art contemporain, Université Paris-Est Marne-la-Vallée) et Juliette Bertron (ATER Université Paris-Est Marne-la-Vallée)


09h-17h

Beaux-Arts de Paris - Amphithéâtre des Loges
14 rue Bonaparte - 75006 Paris

Programme
Affiche

Cette journée d’étude prend place dans le cadre plus général d’un programme de recherche interdisciplinaire intitulé Visibilité et invisibilité des savoirs des femmes : les créations, les savoirs et leur circulation XVIe-XXIe siècles. Elle a pour objectif d’interroger l’impact de la performance sur la visibilité des femmes artistes, en explorant notamment en quoi elle a pu constituer un terrain de prédilection pour l’expression des revendications féministes.
La performance représente non seulement un savoir dans l’histoire de l’art du XXe siècle, mais mobilise également d’autres savoirs, impliquant le corps, la société ou encore l’action au sens large. Sans prétendre à une approche exhaustive du médium, nous chercherons à mettre en relief sa capacité à mobiliser des savoirs où les femmes sont à la fois actrices, créatrices et sujets.
Ainsi, il conviendra de considérer la performance sous l’angle de son histoire, comme un espace questionnant, dans un rapport dialectique, la visibilité et l’invisibilité des savoirs des femmes, mais encore de considérer la performance sous l’angle de son historiographie.
Enfin, il s’agira d’interroger la performance à l’aune du féminisme. La visibilité d’une performance passant souvent par celle du corps, qui de manière générale y occupe une place cruciale, nous organiserons les interventions autour de trois axes principaux destinés à encadrer laréflexion : le corps exposé : proportions
et mouvements; l’intime et la sexualité; l’interaction avec le social.