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Axe 2. Espaces, formes et transformations : les dimensions du savoir

L’équipe de recherche (SEA) se propose d’explorer le savoir dans ses aspects pluriels (le savoir/ les savoirs/ les savoir-faire) dans une perspective tant diachronique que synchronique. Une des pistes de recherche sera la question de la fragilité ou de la vulnérabilité des savoirs (notamment sous l’effet des mutations sociales, économiques et culturelles) et de leur mise en valeur (préservation, archivage, politiques publiques patrimoniales). Nous nous poserons la question des enjeux politiques et économiques de ces politiques et des modalités de leur mise en œuvre. Le choix d’une approche multidisciplinaire et transculturelle permettra de développer un projet à dimension transversale intégrant les différents champs de recherche représentés au sein de l’équipe (SEA) et d’autres laboratoires. Dans le prolongement de ce premier axe, nous nous intéresserons aux mutations (technologiques, sociales, culturelles et économiques) en rapport avec la question du savoir. Nous chercherons à déterminer et analyser quels sont les effets de ces transformations sur le savoir tant du point de vue du contenu, de la forme que des modes d’acquisition et de production de ce dernier. Dans quelle mesure un accès plus large aux sources et des modes de diffusion transformés sous l’effet du développement de nouvelles technologies entraînent-ils une modification de l’organisation sociale, de nouvelles pratiques, une redéfinition des problématiques et l’émergence de nouvelles communautés ou de nouveaux acteurs du savoir ? Ce dernier point nous conduira à explorer le rapport entre savoir, pouvoir, démocratie et démocratisation. Nous nous demanderons si une plus grande horizontalité dans les modes d’accès et de production du savoir nourrit véritablement le processus de démocratisation et assure une plus grande autonomie des individus. Le savoir comme source de pouvoir, de contrôle et d’autorité est-il remis en cause par les mutations technologiques, sociales, économiques et culturelles et si oui, de quelles manières ? Il conviendra par ailleurs de s’interroger sur l’existence de nouveaux espaces du savoir en dehors des espaces institutionnels et de la possible transformation de ces derniers, par exemple sous l’effet de mise en concurrence des universités au niveau international. Outre les espaces virtuels, l’équipe de recherche (SEA) explorera les possibilités offertes par les espaces non institutionnels dans le domaine des arts (théâtre, poésie, performances et arts urbains). L’étude de nouvelles propositions et dispositifs de « savoir partagé ou co-produit » nourrira une réflexion autour des notions de transmission, de partage et de praxis.

Enfin, au-delà d’une conception du savoir comme un contenu résultant d’un processus, il semble impératif de poser la question des formes qu’il revêt et des langages qu’il adopte, quand on voudrait croire, par exemple, à l’objectivité et la transparence du discours scientifique. Une des questions au cœur du savoir est ainsi celle de la tension entre contenu(s) et forme(s) du savoir. Il s’agira de s’interroger sur les nouvelles modalités de cette dichotomie ancienne entre fond et forme : dans quelle mesure convient-il d’inventer de nouveaux formats de pensée et d’écriture pour réfléchir à de nouvelles réalités scientifiques ? Doit-on penser que les formes que revêtent les connaissances de la communauté scientifique sont avant tout conditionnées par la substance même des découvertes réalisées ou peut-on s’en remettre au potentiel heuristique des formes elles-mêmes ? Ou bien s’agit-il d’un faux débat, bien que très ancien, entre fond et forme du savoir, les deux pôles de cette tension étant indissociablement liés ? Il devient alors crucial de lire cette dernière à l’aune du fait culturel et de la culturalité du regard que l’on porte sur la forme et sur son interprétation. L’aire anglophone du groupe SEA des enseignants chercheurs du LISAA est un espace où les problématiques culturelles, diverses, imposent une perspective transversale de recherche. Les différents espaces socio-culturels (que l’on pense à l’Amérique du Nord, à la Grande Bretagne ou bien à l’Afrique du Sud, l’Australie ou la Nouvelle Zélande, par exemple) mènent à autant de perspectives différentes sur le savoir. Ces perspectives pourront, au-delà d’une langue commune, s’articuler aux recherches des chercheurs en lettres modernes et en cultures hispanophones du LISAA : le sud des États-Unis pouvant, par exemple, devenir un lieu d’exploration commun à la croisée de plusieurs cultures et pratiques de la langue.

Poser la question de la tension entre contenu(s) et forme(s) du savoir, la reposer, semble nécessaire, notamment à une époque des politiques universitaires et culturelles ou la pluri- et trans-disciplinarité est encouragée. Quelle incidence sur le savoir comme contenu le croisement des rhétoriques a-t-il ? Emprunter le langage d’une discipline pour le traduire sur le champ d’une autre, n’est-ce pas relativiser une forme qui se présente comme naturellement liée à son objet d’étude et, partant, ouvrir de nouvelles voies sur le champ du savoir ? La tension entre fond et forme du savoir amène donc à se poser la question de la totalité et de la finitude d’un objet ou d’un champ scientifique. Ces interrogations militent contre l’idée d’une clôture du savoir sur lui-même, pour une conception du savoir en termes d’ouverture et de pluralité. Elles mènent aussi à l’exploration des formes littéraires, artistiques et culturelles dans leur diversité, qu’il s’agisse des écritures romanesques, poétiques, théâtrales, du croisement entre fait littéraire et fait critique, ou bien de la performance comme réinvention de la forme, des arts urbains comme proposition d’un nouveau rapport au savoir.

En d’autres termes, le savoir n’est pas qu’un ensemble de données à priori qu’il s’agirait de découvrir et mettre à nu, il est aussi le résultat de la mise en action de formes de pensée et de langage : les rhétoriques elles-mêmes peuvent êtres productrices de savoir, et non secondaires, à condition qu’elles ne s’imposent pas de façon exclusive et totalisante. Le latin sapere qui nous a donné « savoir » signifie connaître et goûter. L’idée de goûter indique la découverte d’une saveur et d’une consistance, dans le même temps. Il indique aussi l’idée d’un début qui demande à être continué et confirmé : le savoir comme processus et expérience. Cette conception et cette pratique du savoir seront au cœur du Master Cultures Pro. International qui sera en partie adossé à cet axe.

La valorisation scientifique de ce programme sera assurée grâce à une série de colloques, journées d’étude et séminaires :

- Colloque « La forme d’une ville » qui portera sur la politique et l’esthétique de la ville dans le monde anglophone. Des collaborations sont envisagées avec les urbanistes de l’université et l’école d’architecture du PRES.

- Série de journées d’étude sur la traduction comme rapport critique et rapport créatif à la langue et à la culture.

- Séminaires dédiés au jeu des dimensions du monde anglophone : espace et temps, territoires et Histoire. Des collaborations seront possibles avec les géographes et les historiens du PRES, en particulier les historiens de l’équipe marnoise ACP (Analyse Comparée des Pouvoirs) dont les programmes portent depuis longtemps sur la ville.