moteur de recherche

Appels à contribution

Visibilité, invisibilité des savoirs des femmes : dynamiques et stratégies à l’œuvre

Dates : 8 et 9 novembre 2018

Lieu : Université Paris-Est Marne-la-Vallée.

Organisé par Claire Delahaye, Isabelle Mornat et Caroline Trotot (UPEM, EA LISAA 4120)

Ce colloque se veut l’aboutissement des réflexions collectives menées pendant plus de deux ans autour des questions de visibilité et d’invisibilité des savoirs des femmes du XVIe au XXIe siècle https://femmesavoir.hypotheses.org/, prolongées dans le domaine spécifique de la littérature par le programme « visibilité invisibilité des femmes de lettres » https://visiautrices.hypotheses.org/ .

Le programme pluridisciplinaire a pris pour point de départ le constat inquiétant que l’écriture d’une histoire des femmes remarquables[1] par leur création ou leur invention dans les domaines artistiques, savants, politiques ou sociaux paraissait sans cesse à réitérer. On redécouvre périodiquement « culottées »[2] ou « sans pages »[3].

Si des acquis incontestables sont dus aux travaux menés dans le sillage des études  pionnières de Michelle Perrot, la culture commune et la culture académique –notamment françaises- retiennent une histoire dans laquelle les femmes sont invisibilisées[4], c’est-à-dire que les travaux et les discours leur donnent une place moindre que celle qu’elles ont occupée.

Les efforts de nos partenaires, l’association AWARE créatrice d’archives en ligne et les éditions des femmes-Antoinette Fouque éditrices du monumental Dictionnaire universel des créatrices,pourraient bénéficier d’échos plus larges. Il s’agit donc de questionner le poids qui pèse sur les savoirs actuels résultant d’un héritage historique, social, économique, idéologique et culturel de la construction, la constitution et la circulation des savoirs comme autant de pratiques définies explicitement ou implicitement comme essentiellement masculines : représentations des activités intellectuelles (théorie, étude, apprentissage, expérience, observation…), conditions matérielles de la production des savoirs (possibilités économiques et sociales, temps libre…), champ idéologique et pouvoir des stéréotypes (figures du savant, de l’auteur, du créateur…) ont contribué à délégitimer la contribution des femmes aux domaines de la création et du savoir, à écarter, voire à interdire d’autres formes de compétences et de connaissances. Les femmes ont pu être exclues des champs de la connaissance en tant que créatrices, productrices des savoirs et actrices de leur transmission.

Ces processus structurels, historiques et politiques pourraient suggérer que l’exclusion des femmes des savoirs reconnus a permis la constitution de paradigmes et l’affirmation d’une universalité en réalité construite depuis un point de vue limité. Des enjeux épistémologiques doublent donc les enjeux politiques et demandent des analyses approfondies. Parallèlement, les savoirs sont aussi le lieu d’un combat pour la légitimité, dans lequel les femmes occupent des positions paradoxales. Ainsi, la répartition genrée de l’accès aux diplômes de l’enseignement supérieur montre l’importance que les femmes donnent aux savoirs académiques, puisqu’elles sont plus diplômées.[5] La comparaison avec la situation professionnelle –y compris dans les institutions académiques[6]– peut en revanche inviter à se demander si les savoirs sont bien reconnus à la même hauteur par les recruteurs.euses et par les employeurs.euses. Cette situation actuelle témoigne des nombreux biais de genre qui pèsent sur le rapport des femmes avec les savoirs, les conduisant tantôt à dissimuler leurs connaissances tantôt à les affirmer.

Il importe donc non seulement de donner une place visible aux femmes comme figures de savoir, de création et de revendication politique, pour une connaissance plus exacte, mais aussi d’interroger les rapports de la visibilité et de l’invisibilité comme un champ de forces qui s’opposent et travaillent ensemble. Ces rapports peuvent mettre au jour le lien entre procréation physique et créativité artistique comme intellectuelle qui a servi de socle à l’assignation des femmes à la reproduction non seulement comme phénomène biologique mais aussi comme principe abstrait, leur déniant l’originalité créatrice et la singularité des génies universels.

Aux dynamiques d’oppression répondent des stratégies d’émancipation qui sont au cœur de nos travaux. Il convient de questionner au plus près l’articulation dialectique au cœur des actions menées : les mécanismes fondamentaux à l’intersection de l’invisibilité et de la visibilité, envisagées non pas séparément mais conjointement, dans les stratégies d’inversion, de détournement, de contournement, dans les pratiques individuelles et collectives.

Il s’agira de questionner et de mettre en perspective le travail de l’invisibilisation et de la visibilisation entendues comme forces déterminantes de l’œuvre et à l’œuvre dans la création, la production et la diffusion des savoirs des femmes, dans des contextes contraints, dont les propositions pourront mesurer les forces en fonction des périodes et des aires culturelles. De quelles manières, par quelles stratégies les femmes ont-elles pu chercher à donner de la visibilité à leurs savoirs ? De quelles façons ont-elles intégré, intériorisé les contraintes ? Comment les ont-elles détournées ou contournées ? Quel rôle les différents médias peuvent-ils jouer à travers le temps ?

Même si les savoirs des femmes ont pu ne pas être reconnus, leur valeur ignorée, leur existence bafouée, ils ont été, ont subsisté et demeurent. Il s’agira d’analyser par des études de cas précis certains processus afin de rendre visible le rapport des femmes avec les savoirs. La question de l’accès à ces savoirs et à leur mise en valeur se pose d’entrée (valorisation ou revalorisation idéologique, intellectuelle mais aussi économique ou pécuniaire…). Ces savoirs prennent forme dans des objets matériels ou imaginaires, des lieux et sont liés à la présence des femmes dans l’espace public, dans des espaces de travail, d’apprentissage ou de loisirs, au sein d’organisations (associations, partis, syndicats, groupes militants…) et d’institutions, mais aussi à la visibilité des espaces domestiques. Sont également en jeu les changements des représentations mentales, la reconnaissance ou la découverte des productions artistiques ou culturelles. Les évolutions techniques, technologiques et scientifiques sont également très importantes et le programme de recherche a affiché dès sa conception un intérêt fort pour les problématiques liées aux évolutions numériques.

 Conformément aux actions menées dans le programme de recherche, les communications pourront concerner des domaines scientifiques, artistiques, littéraires, sociaux ou politiques et pourront s’articuler aux axes suivants :

– les stratégies créatives de contournement et détournement : pratiques et représentations individuelles et collectives.

– la question de l’autorité et de la valeur, ses dimensions idéologiques, l’anonymat, l’attribution/désattribution d’œuvres

– les relais institutionnels : manuels scolaires, musées, bibliothèques, universités, panthéon, etc.

– les médias de création, de diffusion

 

Les communications de 25mn pourront être en anglais, en espagnol ou en français. Une version écrite des communications en anglais ou en espagnol sera mise à disposition des participant.es à l’avance pour faciliter les échanges.

Les propositions doivent être envoyées avant le 25 août 2018 à l’adresse colloque.savoirs.femmes@gmail.com

[1] Les questions soulevées par l’histoire « compensatoire » sont exposées dès 1975 par Gerda Lerner dans son article « Placing Women in History : Definitions and Challenges », Feminist Studies, vol. 3, no.1/2 (Autumn, 1975), pp. 5-14.

[2] Pénéloppe Bagieu, Les Culottées, Paris, Gallimard, 2016.

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet:Les_sans_pagEs « Le projet les sans pagEs est né du besoin de combler le fossé des genres sur Wikipedia : en 2016, Wikipédia en français compte 538 883 biographies d’hommes, contre 91 175 de femmes, soit 16,92% au 18 juin 2016 ».

[4] Voir notamment les indicateurs analysés par le programme Visiautrices dans le domaine de la littérature pour l’enseignement secondaire et supérieur mais aussi pour l’édition https://visiautrices.hypotheses.org/.

[5] Voir la publication de l’INSEE du 7 mars 2016, Thierry Geay, Philippe Bertrand, « Parité femmes/hommes : des évolutions, pas de révolution »,  https://www.insee.fr/fr/statistiques/1895199. C’est également le cas aux États-Unis, voir la publication gouvernementale après le recensement de 2015, https://www.census.gov/content/dam/Census/library/publications/2016/demo/p20-578.pdf

[6] Voir le rapport publié le 8 mars 2018 « Enseignement supérieur, recherche et Innovation, Vers l’égalité femmes-hommes chiffres-clés » en ligne http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid127382/esri-chiffres-cles-de-l-egalite-femmes-hommes-parution-2018.html

Appel à communication / Call for papers

Journée d’étude - Vendredi 19 avril 2019

Une relecture du roman expérimental britannique de l'après-guerre / Reconnecting Text and World: Re-reading The British Experimental Novel at Post-War

The experimental novel that emerged in Britain in the decades following the Second World War appears to us today a dogged cultural spectre. Performatively refused by dominant cultural strata of its time as ‘eccentric,’ ‘anachronistic,’ ‘aberrant’ to ‘Literature,’ it is on these terms it continues to be met in received critical narrations of ‘modern’ literary history. For over seventy years it has been a ‘non-literature.’ First as an ‘avant-garde’ where it was deemed there could be none, it was subsequently drawn into footnote to the all-encompassing, vying constructs of an earlier ‘modernism’ and later ‘postmodernism’ in Anglo-American critique. Its texts and figures appropriated or omitted to fit the shifting critical designations of an ‘after life’ of the former, or an ‘archaeology’ of the latter. If present at all in discourse of ‘modern’ literary history, it is as an entity clichéd by extreme, inaccessible forms, created by isolated, eccentric figures. We find the texts critically divorced from their historicity; textual form divorced from textual content. And as such, as a grouping of texts they have come to be thought of little signification, signifying little.

By side-effect or by design, the vast and variegated body of work that makes up the post-war experimental novel in Britain appears a literature reduced. Following its era of appearance that roughly spans the years 1945 to the late-1970s, its texts were by and large pushed out of print, and out of discourse. Hence this sense of a ‘spectral’ state in which we now find it; it is an entity quite successfully ‘erased’ from literary history.

However, following decades of ‘latency’ we now find its texts slowly, if erratically, returning to print, a burgeoning field of critique re-developing around its more marketable figures, and new writers that are now emerging being drawn into connection to these earlier ‘disappeared’ figures and texts.

Whether revealed by the final fall apart of the ‘M-PM’ paradigm, drawn back by a shift in environmental conditions that again demands an art of experimentation, the cyclical wax and wane of ‘taste,’ or whatever catalyst – we are re-confronted  with a literature and a sequence of connected descriptors: ‘post-war,’ ‘British,’ ‘experimental,’ ‘novel’ that has long been held non-existent. And as such, we perhaps currently lack the tools to coherently meet its re-emergence.

When attempting to approach this body of texts, we are prompted with a series of basic, and fundamental questions. Of what they potentially were, what they were potentially trying to do, and how. What its re-emergence might mean for us now. And, in the potential meanings of the very words we use to describe it, what is the ‘experimental novel’ in this ‘post-war’ era. What does this word ‘experimental’ signify in the period, that was deemed so incompatible with earlier and later iterations of ‘experimental writing.’ How has the perception of a ‘void’ in literary history following the Second World War affected the ways we view literature as a global cultural mechanism, and, of particular interest here, our perceptions of post-war, and contemporary, British culture.

In observing the experimental novel in Britain at post-war, we are presented with a ‘non-literature’ appropriated and omitted, warped and refused. Now, as it begins to emerge from this ‘spectral’ state, is perhaps the moment to begin to renegotiate the terms on which this body of work is critically received. To re-read these texts, and reassess the vague critical structures around them. And, in doing so, perhaps come to a re-understanding of what this ‘non-literature’ potentially is, or could be. With this study day we intend to ask these questions, and participate in the wider critical project of reinstating the post-war British experimental novel as a signifying entity in literary history.

In an effort to open up a space of open discourse of texts we here find little-, mis- or entirely un-codified in established critique, potential participants interested in these themes, but perhaps unfamiliar with the texts of focus are encouraged to get in touch with any queries or questions regarding the study day, or its subject matter.

Suggested (selected) potential thematics:

. A literature of societal self-confrontation

-          Gender and sexuality

-          Class and deprivation

-          Colonial/post-colonial writing in a moment of transition

-          The sickly body, the sickly mind, the sickly social; addiction, mental health and societal refusal

-          Britain post-war/pre-apocalypse: the realities of ‘peaceful’ human life in a space suspended between total war

. Ergodic interactions of content and form

-          Formal ‘DIY’: cut up, cut out, disassembly, disfigurement, rearrangement

-          Slang, neologism, ‘minor’ language

-          The materiality of language/disintegration of language: syntactic break, reformation and regeneration

-          Intertextuality, transmediality and transnational/cultural interactions

. Broader questions

-          What is ‘the experimental’ that these texts describe?

-          Why has such a vast and varied body of literature remained ‘latent’ for so long, and why return now?

-          How in these texts, does content and form combine and interact, and with what results?

-          How do these texts redeploy that status and roles of writer and reader in fictive space?

-          Might the ‘problematised’ ‘text-world’ interact, or reveal something ‘problematic’ in ‘real-world’?


Suggested (selected) texts of interest:

J. G. Ballard, The Drowned World (1962)

John Berger, G (1972)

Dan Billany, The Cage (1949), The Trap (1950)

Christine Brooke-Rose, Out (1964), Such (1966)

Brigid Brophy, Hackenfeller’s Ape (1953), In Transit (1969)

Alan Burns, Europe After the Rain (1965), Babel (1969)

Eva Figes, Konek Landing (1969), Nelly’s Version (1977)

Zulfikar Ghose, The Contradictions (1966)

Wilson Harris, The Guyana Quartet (1960 – 1963)

Rayner Heppenstall, [The Blaze of Noon (1939)], The Connecting Door (1962)

B. S. Johnson, Albert Angelo (1964), The Unfortunates (1969)

Anna Kavan, Sleep Has His House (1948), Ice (1967)

Ann Quin, Berg (1964), Tripticks (1972)

Hugh Sykes Davies¸ The Papers of Andrew Melmoth (1960)

Stefan Themerson, Bayamus (1949), Professor Mmaa’s Lecture (1958)

Alexander Trocchi, Young Adam (1954), Cain’s Book (1960)

Merci d'adresser vos propositions de communications à Andrew Hodgson (andrew.hodgson@u-pem.fr) et Marie-Françoise Alamichel  (marie-francoise.alamichel@u-pem.fr) pour le 15 janvier 2019 au plus tard. Les communications peuvent se faire en français ou en anglais.